L’invention des déchets urbains

Un ouvrage d’une qualité remarquable. Non seulement par le sérieux de son contenu, mais par l’importance de son sujet.

Le début du XIXe siècle est caractérisé par l’absence de la notion de déchet en raison d’une vision incroyablement écologique du cycle des matières qui, étant alors essentiellement organiques, sortent de la ville pour y revenir par les comestibles.

Ce cycle est brisé par l’apparition des engrais chimiques qui vont remettre en question l’utilisation des matières rejetées par la ville en direction des champs. La résistance à cet abandon du recyclage existera durant la fin du siècle et le début du suivant. Mais le cercle sera rompu essentiellement par un changement de vision du cycle écologique des matières biologiques au profit d’un cycle intégrant une dégradation de celles-ci vers des déchets minéraux.

On y apprends aussi l’histoire du papier à travers les chiffonniers et la dégradation progressive de leur conditions de travail par l’apparition des poubelles et celles beaucoup plus récentes des décharges, des incinérations et des stations d’épurations.

La conclusion fait le point de ce que ces histoires devraient permettre de remettre en question dans notre façon de voir les déchets humains et urbains et elle montre l’aveuglement qui est caractéristique de notre époque.

C’est un ouvrage exceptionnel de clarté, de mise en lumière, d’importance qui n’est semble-t-il malheureusement (et on peut imaginer pourquoi) plus édité. N’hésitez donc pas à vous le procurer en bibliothèque, car il contient des informations qui vont certainement changer votre vie.

25. Vit et taskwarrior

Voici un script permettant d’utiliser taskwarrior en ligne de commande avec une interface du type de cmus, pour la musique.

On lance vit en tapant simplement son nom.

Après avoir lancé vit , les principales commandes permettant de l’utiliser sont (cmd signifie simplement qu’il faut presser la touche qui suit) :

cmda STRINGcréer une nouvelle tâche de description STRING
cmdA STRINGcréer une annotation datée pour la tâche courante
cmdb STRINGdémarrer / arrêter une tâche
cmdm STRINGmodifie la description de la tâche courante en la renommant STRING
cmd:![rw] STRINGexecute « STRING » in shell. ‘r’ rereads, ‘w’ waits
cmdtprepend the command prompt with « :!rw task « 
cmd:s/OLD/NEW/passe OLD à NEW la description de la tâche courante
cmd:%s/OLD/NEW/change OLD to NEW in the current task’s description
cmdDsupprime l’annotation sélectionnée, supprime la tâche sélectionnée (confirmation par y)
cmdepermet d’éditer toutes les propriétés de la tâche courante dans un éditeur (vim par exemple)
cmd=voir toutes les informations concernant la tâche courante
cmd<enter>voir toutes les informations concernant la tâche courante
cmduannule le dernier changement
rpt:REPORTdisplay REPORT
rpt:REPORT FILTERdisplay REPORT with FILTER
rpt:STRING<tab>display REPORT using tab completion
rpt:<tab>display REPORT using tab completion of all defined reports
cmdqquitte après confimation
cmdQquitte
cmdZZquitte
cmd:qquitte
cmdf FILTERfilter the current report with FILTER
cmddmarque la tâche courante comme faite
navjdescend d’une ligne
navDownArrowdescend d’une ligne
navSpacebardescend d’une ligne
nav:Nva à la tâche numérotée N
nav0va à la première ligne
navggva à la première ligne
navHva à la première ligne sur l’écran
navGva à la dernière ligne
navLva à la dernière ligne sur l’écran
navMva à la ligne au milieu de l’écran
navkmonte d’une ligne
navUpArrowmonte d’une ligne
cmdNva à l’occurrence précédente d’une recherche
cmdnva à l’occurrence suivante d’une recherche
nav^lrafraîchit la liste (l’écran)
nav^fscroll down (forward) one page
navPgDnscroll down (forward) one page
nav^bscroll up (back) one page
navPgUpscroll up (back) up one page
cmd/STRINGrecherche vers le bas la chaîne STRING
cmd?STRINGrecherche vers le haut la chaîne STRING
cmdP [hmln]donne à la tâche courante la priorité H, M, L, ou none
cmdp STRINGplace la tâche courante dans le projet STRING
cmdp STRING<tab>place la tâche courante dans le projet STRING avec complétion (tab)
cmdp<tab>place la tâche courante dans un projet en utilisant la complétion (tab)
help:hprésente l’aide complète
help:h cmdprésente l’aide relative à la commande cmd
help:h helpprésente l’aide sur l’aide
help:h navprésente l’aide sur la navigation
help:h rptprésente l’aide sur les rapports
help:h PATTERNprésente les fichiers d’aide correspondants à l’occurrence PATTERN
cmdw STRINGmet en pause la tâche courante
cmdT +STRINGajoute le tag STRING à la tâche courante
cmdT -STRINGretire le tag STRING de la tâche courante
cmdT<tab>ajoute des tâches à la tâche courante avec complétion (tab)
On peut trouver la version anglaise de cette aide à l’aide de :h dans vit.

Vim et LaTeX

Voici un article amusant qui révèle la difficulté à se séparer de ses préjugés sur le bien fondé des interfaces graphiques.

Cela fait maintenant dix ans que j’utilise Latex et suis entièrement convaincu du bien fondé d’un traitement de texte basé sur un code source. Aucun autre traitement de texte en mode visuel, comme LibreOffice auquel je tire néanmoins ma révérence, ne m’a convaincu. LaTeX est un traitement de texte extraordinaire et le fait qu’il faille l’utiliser à avec un langage de script y est pour beaucoup.

Alors qu’aucun doute ne s’est jamais présenté dans ma tête sur LaTeX, il faut reconnaître que l’utilisation de différents éditeurs graphiques pour LaTeX, comme Texmaker, TexStudio ou Kile, m’a très longtemps empêché d’envisager l’utilisation d’éditeurs en ligne de commande comme vim ou emacs pour rédiger en LaTeX.

Je me lance donc aujourd’hui dans l’aventure avec vim. Pourquoi pas emacs ? Comme déjà dit ailleurs, la présence de vi par défaut sur toutes les distributions linux m’a fait considérer son utilisation avant toute chose. Mais emacs viendra un jour sans aucun doute, tant je considère les idées de RMS comme pertinentes.

Installation

On va ici supposer que LaTeX est installé et fonctionnel, car il s’agit dans cet article de montrer comment l’utiliser avec vim et son plugin vim-latex. Ce dernier est une solution standard et d’autres existent. Mais dans un premier temps, c’est à celle-ci que nous allons nous intéresser.

L’installation, sous Debian, se passe apparemment sans difficultés avec un petit :

apt-get vim-latesuite

Malheureusement, ce n’est pas aussi simple. Sous Debian, il faut encore passer par le README.debian du paquet pour y découvrir que :

… ce paquet fournit la composante latex-suite de vim, mais elle n’est pas activée par défaut. Si vous voulez l’activer sur le compte d’un utilisateur, exécutez :

vim-addons install latex-suite

Pareillement, pour l’activer pour tous les utilisateurs du système, exécutez (sous root) :

vim-addons -w install latex-suite

vim-addons est fourni par le paquet vim-addons-manager, jetez un coup d’œil à sa page de manuel pour plus d’informations.

En plus, vous devez mettre les lignes suivantes :

filetype plugin on
set grepprg)grep\ -nH\ $*
filetype indent on
let g:tex_flavor='latex'

dans ~/.vimrc (ou /etc/vim/vimrc sous root) pour une pleine utilisation. Pour plus d’informations sur ces lignes, type : « :help ls_1 » dans vim (après avoir activé ce plugin avec vim-addons).

Il est nécessaire d’activer le plugin, car la structure permettant de le gérer sera alors créée dans le répertoire ~/.vim/

En plus de cela, d’autres problèmes peuvent apparaître. Étonnamment, après l’activation du plugin, le caractère « é » n’était plus actif. Il était simplement impossible de le taper. Cela était dû au mappage de l’équivalent clavier utilisé par vim-latex pour mettre la commande \item de l’environnement itemize. Pour régler ce problème, il a fallu mettre la ligne suivante dans ~/.vimrc :

imap <buffer> <leader>it <Plug>Tex_InsertItemOnThisLine

comme cela est très bien décrit sur la page de FAQ de vim-latex :

http://vim-latex.sourceforge.net/index.php?subject=faq&title=FAQ#faq-viewing

Signalons enfin que tout au long de mes recherches, un fichier était souvent cité pour des modifications. Il s’agit de ~/.vim/tex.vim. Sous debian ce fichier n’existe pas à cet endroit. De plus, il existe dans ~/.vim/compiler et dans ~/.vim/indent. Enfin, les commandes à modifier n’étaient pas présentes dans ces deux fichiers. Je n’ai découvert le véritable fichier de configuration dans lequel celles-ci se trouvaient qu’en allant dans :

~/vim/ftplugin/latex-suite/texrc

C’est ce fichier qui permet la configuration du plugin vim-latex, mais il faut le savoir.

Utilisation

L’utilisation de vim-latex est relativement simple. En effet, vim détecte l’extension de votre fichier .tex pour modifier son comportement. Ainsi, en créant un fichier test.tex, par exemple, et en y insérant une structure de fichier LaTeX, vous pourrez constater avec plaisir que celle-ci est reconnue. En y mettant cependant quelques section, en enregistrant et quittant le fichier et en le rouvrant, vous aurez cependant la surprise de ne plus retrouver votre code. À l’intérieur de celui-ci seront présents des caractères « + » mis en évidence. C’est le pliage du code. Celui-ci étant activé par défaut, on peut être surpris, surtout si on ne sait pas comment le déplier.

Pour cela, il suffit de mettre le curseur dans la ligne où se trouve le code plié et, en mode normal de vim, de presser za. C’est une bascule. Donc pour replier le code précédemment déplié, il suffit de refaire za. Pour déplier l’ensemble du code, il faut presser zR en mode normal. Pour replier tout le code, toujours en mode normal, il suffit de presser zM.

Beaucoup d’autres commandes vont faciliter la vie pendant l’écriture en LaTeX. Le manuel les décrivant est à l’adresse :

http://vim-latex.sourceforge.net/documentation/latex-suite-quickstart/index.html

Compilation

Pour votre première compilation, il faut naturellement être attentif à avoir placé votre fichier source (.tex) dans un répertoire pour éviter de disperser les nombreux fichier qui vont apparaître.

Après cela, la compilation se fait très simplement en utilisant en mode normal la commande :

\ll

Vous verrez alors apparaître une fenêtre de compilation qui si celle-ci se déroule bien, se refermera rapidement. Une compilation en DVI aura été réalisée. Pour en voir le résultat, il faut utiliser \lv.

Si des erreurs apparaissent, vous verrez votre terminal se diviser en deux parties. L’une contiendra les erreurs et l’autre le code. Vous pourrez alors corriger le code et recompiler pour faire disparaître la fenêtre de compilation.

Configuration de la compilation

Par défaut la compilation produit à partir du code source un fichier DVI. La production de documents utilisant Gnuplot par exemple nécessitant d’une part Gnuplot et d’autre part une compilation en postscript, on peut préciser la chaîne de compilation utilisée par vim-latex dans le fichier ~/.vim/ftplugin/latex-suite/texrc. Il s’agit en réalité d’un lien vers /usr/share/vim/addons/ftplugin/latex-suite/texrc. Or, ce fichier est amené à être mis-à-jour. Il ne faut donc pas l’utiliser directement, mais le copier dans le répertoire personnel à la place de son lien. Pour cela, renommez le lien, puis copiez le fichier en lui donnant comme propriétaire et groupe celui de l’utilisateur.

La structure de compilation choisie est DVI → PS → PDF. Pour le faire comprendre à vim-latex, dans ce fichier, il faut trouver la section « Rules : specifications of programs for compiling and viewing ». Dans celle-ci figurent les lignes suivantes :

if has('macunix')
    TexLet g:Tex_DefaultTargetFormat = 'pdf'
else
    TexLet g:Tex_DefaultTargetFormat = 'pdf'
endif

Selon les plateformes, Mac ou (else) autre, assurez-vous d’abord que le fichier final est est en PDF. C’est ce type de fichier que la commande \lv appellera.

Ensuite, il faut définir la chaîne de compilation. Un peu plus bas, se trouvent les deux lignes suivantes :

TexLet g:Tex_MultipleCompileFormats = 'dvi'
" TexLet g:Tex_FormatDependency_ps = 'ps'

Le premier indique s’il est possible qu’il faille compiler plusieurs fois le fichier et le second comment s’il faut compiler en ps, par exemple (ici le commentaire (« ) indique que la compilation en ps n’est pas requise). Dans notre cas, ces deux fichiers doivent contenir :

TexLet g:Tex_MultipleCompileFormats = 'dvi,ps,pdf'
TexLet g:Tex_FormatDependency_ps = 'dvi,ps,pdf'

La première ligne vous permettra d’éviter de devoir valider après la compilation de chaque fichier. La seconde est la chaîne de compilation choisie.

Plus bas se trouvent les règles de compilation (Compiler Rules). Il s’agit de définir l’appel des logiciels en charge de chaque étape de compilation. Pour la compilation LaTeX, il faut la commande :

TexLet g:Tex_CompileRule_dvi = 'latex -enable-write18 -shell-escape -interaction=nonstopmode -file-line-error-style $*'

Les deux premiers arguments de la commande latex ont ici été ajoutés pour permettre l’utilisation de Gnuplot. C’est cette commande qui est utilisée par défaut pour une compilation en DVI.

Puis, il faut spécifier la commande postscript :

TexLet g:Tex_CompileRule_ps = 'dvips -Ppdf -o $*.ps $*.dvi'

où l’argument -Ppdf pourrait être retiré, car il récupère la configuration de l’imprimante pour optimiser la sortie postscript.

Enfin, il faut spécifier la commande pdf :

TexLet g:Tex_CompileRule_pdf = 'ps2pdf $*.ps'

Ainsi, la compilation se fera automatiquement vers DVI → PS → PDF.

Relevez que si celle-ci ne devait pas permettre le bon visualiseur PDF, il vous faudrait spécifier celui-ci dans la partie qui suit, nommée Viewer rules avec :

TexLet g:Tex_ViewRule_pdf = 'okular'

par exemple.

Enfin, un petit problème est survenu qui rendait désagréable la compilation. Par défaut, l’enregistrement du document ne se faisait pas avant celle-ci, au lancement de la commande \ll. On peut comprendre que certains préfèrent qu’il en soit ainsi. Mais un autre comportement devrait être possible sans qu’il nécessite une utilisation complexe de vim. Or, pour le régler, ce que j’ai pu trouver tout au long de mes recherches pour le faire est de placer les deux lignes suivantes dans mon ~/.vimrc :

autocmd FileType tex call Tex_MakeMap('<leader>ll', ':update!<CR>:call Tex_RunLaTeX()<CR>', 'n', '<buffer>')
autocmd FileType tex call Tex_MakeMap('<leader>ll', '<ESC>:update!<CR>:call Tex_RunLaTeX()<CR>', 'v', '<buffer>')

Je ne commente pas ces lignes qui sont certainement parfaitement évidentes pour tout le monde 🙂 … Reste qu’elle fonctionnent parfaitement.

Utilisation avancée

Verbosité

Tout d’abord, il est possible de régler ne niveau de détection des erreurs grâce à la commande :

:TCLevel numero

Par défaut le numéro 3 permet un niveau moyen de verbosité. En augmentant le niveau, on affiche moins d’erreurs. Pour n’afficher aucune erreur, le niveau à choisir est le numéro 7. Pour afficher toutes les erreurs, le niveau est le 0 ou l’utilisation du mot (sans guillemets) : strict.

En réalité, en définissant le niveau, on choisit les warning à ne pas ignorer. Dans le fichier .vim/ftplugin/latex-suite/texrc, se trouvent les lignes suivantes :

TexLet g:Tex_IgnoreWarnings =
\"Underfull\n".
\"Overfull\n".
\"specifier changed to\n".
\"You have requested\n".
\"Missing number, treated as zero.\n".
\"There were undefined references\n".
\"Citation %.%# undefined"

TexLet g:Tex_IgnoreLevel = 7

En choisissant le niveau 7, on décide de passer sur l’ensemble de tous ces avertissements.

Si, on désire que les avertissements de références définies plusieurs fois ne soient pas pris en compte, on peut ajouter la ligne :

\'Label %.% multiply defined.'

En laissant la variable g:Tex_IgnoreLevel à 7, comme la numérotation commence à 0, cela signifie les erreurs de définition multiple des labels ne seront pas prises en compte, puisque on va ignorer les 7 premières lignes. Pour que celles-ci soient à nouveau prises en compte, il faut donc passer le niveau 6 par défaut. Ainsi, en utilisant la commande :

:TCLevel 7

on élimine les erreurs de labels définis de manière multiple.

Commandes prédéfinies

Un exemple est particulièrement parlant, celui des figures. Pour obtenir facilement une structure de figure, en mode édition de texte, il suffit de taper directement : EFI. La structure qui apparaît alors est la suivante :

\begin{figure}[<+htpb+>]
    \centering
    \includegraphics{<+file+>}
    \caption{<+caption text+>}
    \label{fig:<+label+>}
\end{figure}<++>

On y voit une structure commune de figure avec des éléments à remplir qui se nomment des «Place-Holder». Il s’agit d’endroits où se trouvent les balises <+ et +> entourant un mot. À l’aide de Ctrl J, on peut passer d’un place-holder à l’autre pour remplir ces champs par ce qui est demandé. C’est très efficace. Quand tout est fini, le dernier place-holder sélectionné disparaît.

Une autre commande prédéfinie permet d’obtenir l’environnement d’équations. Il s’agit d’EEQ.

Ci-dessous le manuel de référence :

http://vim-latex.sourceforge.net/documentation/latex-suite-quickstart/

23. Email, mon amour !

Je reproduit ici un magnifique texte d’un écrivain électronique @ploum qui, non content de nous livrer une pensée fort intéressante, la publie sous différents formats, mais en licence libre (CC-By BE). Se trouve après celui-ci une critique qui, me semble-t-il, permet de dépasser son propos.

Je me suis surpris à envoyer un long email à une personne que je suis depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux. J’ai pris le temps de rédiger cet email. De le relire. De le corriger. De l’affiner. J’y exprime une idée simple que j’aurai pu lui envoyer sur Twitter, que ce soit en le mentionnant ou en messagerie privée. Je lui dis, tout simplement, que je ne souhaite plus interagir sur Twitter.

Le fait de prendre du temps, de réfléchir, de me relire m’a procuré un énorme plaisir. J’avais l’impression d’avoir apporté un petit quelque chose au monde, une clarification de mes idées, une main tendue, une piste de réflexion partagée. J’ai construit quelque chose d’intime, où je me révèle.

En tentant de regagner le contrôle de mon cerveau, j’ai retrouvé, sans le vouloir, l’art désuet de la relation épistolaire.

Nous avons oublié l’importance et la facilité de l’email. Nous l’avons oublié, car nous n’en avons pas pris soin. Nous laissons notre boîte aux lettres pourrir sous des milliers de messages non sollicités, nous perfectionnons volontairement l’art de remplir nos boîtes de courriels inutiles, inintéressants, ennuyeux sans plus jamais prendre le temps d’y déposer un courrier utile, écrit, intime.

Nous croyons que le mail est ennuyeux alors que ce sont nos pensées qui sont obscurément désertes. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément », disait Boileau. Force est de constater que nos cerveaux sont désormais d’infernaux capharnaüms assiégés par d’innombrables tentatives de les remplir encore et encore. Anesthésiés par la quantité d’informations, nous ne trouvons d’échappatoire que dans la consommation.

Souhaitant soigner ma dépendance à Twitter, j’avais décidé de ne plus suivre que quelques comptes sélectionnés dans mon lecteur RSS grâce à l’interface Nitter. En quelques semaines, une froide vérité s’est imposée à moi : rien n’était intéressant. Nous postons du vide, du bruit. Une fois ôtées les fonctionnalités affriolantes, les notifications, les commentaires, le contenu brut s’avère misérable, souffreteux. J’avais pourtant sélectionné les comptes Twitter de personnes particulièrement intéressantes et intelligentes selon mes critères. Las ! Nous nous complaisons tous dans la même fange d’indignation face à une actualité très ciblée, le tout saupoudré d’autocongratulation. Réduite à quelques caractères, même l’idée la plus enrichissante se transforme en bouillie prédigérée conçue pour peupler un hypnotique défilement ininterrompu.

Un soir, alors que je profitais de ma douche pour articuler un concept théorique qui m’occupait l’esprit, j’ai réalisé avec effroi que je pensais en threads Twitter. Mon esprit était en train de diviser mon idée en blocs de 280 caractères. Pour le rendre plus digeste, plus populaire. J’optimisais spontanément certaines phrases pour les rendre plus « retweetables ».

En échange d’un contenu de piètre qualité, Twitter déformait mes pensées au point de transformer mon aquatique méditation vespérale en quête semi-consciente de glorioles et d’approbations immédiates. Le prix payé est inimaginable, exorbitant.

Ayant bloqué tous les sites d’actualité depuis belle lurette, je décidai que Twitter et Mastodon allaient suivre le même régime que Facebook et Linkedin : ne plus suivre personne. Je nourris désormais ma sérendipité d’écrits plus longs grâce à l’ancienne magie vaudoue du RSS.

Libéré, aéré, le cerveau retrouve soudain de la souplesse, de l’amplitude. Au détour d’une blague dans un forum que je suis, je crois deviner qu’un politicien a été mis en prison. L’information m’agresse. Elle occupe une place imméritée dans mon cerveau. Je n’avais pas envie de savoir cet inutile artefact qui sera vite effacé de la conscience publique. Comme un ancien fumeur soudainement allergique à la fumée, mon cerveau ne peut plus supporter les déchets pseudo-informationnels dont nous sommes abreuvés par tous les pores, par tous les écrans, par toutes les conversations.

Une fois débarrassé de cette gangue d’immondices, je me surprends à penser. Mes doigts se surprennent à vouloir écrire plutôt qu’à rafraîchir une page et réagir avec une émotion préfabriquée. Au lieu d’une démonstration publique de mon égotique fierté travestie en succédané de communication, j’ai envie de forger des textes, des histoires, de faire passer une information dans un contexte plus large, de lui donner le temps d’exister dans l’esprit des récipients. Et tant pis si ces derniers sont moins nombreux, moins enclins à m’injecter leurs likes chargés de dopamine.

Devant ma boîte aux lettres, immaculées grâce à une stricte observance des mes règles inbox 0 et de désabonnement, je guetterai la réponse comme un adolescent attend le facteur lui tendant une enveloppe parfumée. Et si elle ne vient pas, ma vie continuera sans que je sois obnubilé par un compteur de vues, de likes ou de partages.

L’outil de communication décentralisé web 5.0, 6.0 et 12000.0 existe déjà. C’est l’email. Nous n’avons tout simplement pas encore vraiment appris à l’utiliser. Nous tentons vainement de le remplacer ou de l’améliorer à grands coups d’interfaces et de fonctionnalités multicolores, car il expose la vacuité de nos interactions. Il met à nu que nous devrions faire un effort, changer notre cerveau et notre volonté. Tant que nous nous évertuerons à produire et consommer le plus de bruit possible en insatiables gloutonneries, tant que nous mesurerons notre succès avec d’autocrates statistiques, aucun système ne nous permettra de communiquer. Parce que ce n’est pas ce que nous cherchons. Parce que nous nous sommes perdus dans l’apparence et la quantité, jetant aux oubliettes l’idée même de qualité. Nous critiquons la faiblesse d’esprit et le court-termisme de nos politiciens sans réaliser que nous moquons notre propre reflet.

Lorsque nous serons assez mûrs pour tout simplement vouloir échanger de l’information de qualité, nous découvrirons que la solution était sous nos yeux. Si simple, si belle, si élégante, si décentralisée.

L’email.

@ploum

Il faut relever que si ce texte met en évidence une autre manière de considérer le mail que comme un moyen d’envoyer de petits messages et relève bien le plaisir qu’il y a prendre le temps d’écrire des textes longs, la stigmatisation de l’écologie réalisée dans un autre texte par son auteur montre que les raisons de son intérêt pour l’email sont exclusivement celles d’un écrivain et que son efficacité en terme de relation entre le contenu et l’énergie dépensée n’est pas comprise.

Dans un autre texte sur le « Minimalisme numérique », dont l’objectif n’est pas une décroissance des besoins, mais une meilleure efficacité de besoins, en admettant que chacun définisse ceux-ci selon son bon vouloir, il adopte certes un point de vue intelligent parce qu’une absence d’efficacité est stupide, mais il néglige les modifications salutaires que des changement de pratiques peuvent avoir sur nous. Ainsi, son point de vue est de retrouver le plaisir d’écrire par l’utilisation d’email long, mais pas de trouver celui-ci dans la recherche d’un minimalisme énergétique. Les outils qu’il décrit ensuite, comme son utilisation d’un mac et d’un téléphone android en spécifiant simplement que les autres portables sont trop lourds et que le fairphone ne le convainc pas, montrent que l’idée de minimalisme qu’il soutient limite considérablement son évolution et que les principes du libre n’ont pas pour lui de conséquences écologiques.

Ce qui limite la porté de ce néanmoins beau texte.

18. Processus en avant/arrière plan

Ce thème de la gestion de la ligne de commande est quelque peu plus complexe que les autres. Il est déroutant, car les raisons pour lesquelles on devrait s’y intéresser ne sont pas évidentes et il peut sembler à priori qu’elles sont même contre productives. Car, même la ligne de commande suppose l’utilisation de fenêtres graphiques. Généralement, lancer un terminal consiste à ouvrir la fenêtre d’un environnement graphique lui correspondant. Par exemple, on lance Terminator à partir du bureau LXQT ou LXDE. Un terminal apparaît donc finalement comme un simple programme particulier, à l’instar d’un navigateur qu’on lance depuis son interface graphique. Pour visiter un site internet, il ne viendrait cependant plus aujourd’hui à l’idée de lancer une instance de Firefox par site visité. Si ce fut le cas au début du net, aujourd’hui on utilise des onglets. Un navigateur apparaît donc comme un programme capable de faire plusieurs choses en même temps et cela sans qu’il soit nécessaire de le quitter.

En un sens, la gestion des processus s’apparente à la gestion des onglets d’un navigateur. Quelles sont les raisons qui poussent à l’utilisation d’onglets dans un navigateur ? On peut en voir plusieurs :

  • on peut changer de site et donc de travail sans fermer celui qui est en cours,
  • on peut grouper des tâches selon des ensembles cohérents de travaux,
  • on peut faire communiquer certains onglets et bénéficier des réglages déjà prédéfini,
  • on peut mieux gérer les problèmes de place dan la fenêtre.

Pour justifier l’intérêt qu’on peut porter à l’étude de la gestion des processus, de la même manière on peut reprendre les points ci-dessus en y ajoutant le fait que celle-ci est très importante dans deux cadres différents :

  • l’utilisation de commandes distantes comme celle de ssh et
  • l’utilisation d’un ordinateur sans aucune interface graphique.

Avant de se lancer dans les différentes méthodes de gestion des processus, remarquez qu’un terminal comme Terminator permet l’ouverture de plusieurs terminaux dans la même fenêtre et même le passage de chaqu’un d’eux en « avant plan », à l’aide de l’équivalent clavier Maj-Ctrl-X (voir l’article http://www.cvgg.org/wordpress/blog/4-terminator-pour-la-ligne-de-commande/). Plus, Terminator permet une gestion de groupement de terminaux, d’onglets, etc, qui est très puissante, mais n’est fonctionnel que dans le cadre de ce programme.


La première commande à connaître est la classique « esperluette ». Classiquement, lorsqu’on lance un programme en ligne de commande en invoquant son seul nom, on bloque le terminal qui attends l’affichage d’informations venant de celui-ci.

Pour rendre la main au terminal et faire passer la commande en arrière plan, il suffit de la terminer par une esperluette :

Texmaker &

Le terminal retourne alors entre crochets le numéro du processus en arrière plan de la console et le numéro d’identification du processus PID permettant de le tuer.

Deux problèmes persistent cependant :

  • les messages et les erreurs de la commande continuent à arriver dans la console dans laquelle on travaille sur de novelles commandes et
  • si on ferme le terminal, la commande en arrière plan est tuée.

Pour résoudre le premier problème, il suffit de rediriger les messages et les erreurs soit sur un fichier, soit à la poubelle :

Texmaker 1>/dev/null 2>/dev/null

Ci-dessus, on a redirigé la sortie standard (1>) et l’erreur standard (2>) vers la poubelle.

Pour résoudre le second problème, il faut abandonner l’esperluette.


La commande « nohup » résous automatiquement les deux problèmes ci-dessus. Elle envoie automatiquement la sortie de la commande dans un fichier nommé nohup.out et elle permet de fermer le terminal sans que la commande ne soit tuée. Attention, un Ctrl-C la tue.

Mais, malheureusement, on ne récupère pas le terminal. On peut donc fermer la fenêtre du terminal sans que l’application ne soit fermée, mais elle est alors complètement détachée du terminal.


Il est donc préférable d’avoir recours à des déplacements des processus en avant et arrière plan. Pour cela, il faut pouvoir arrêter et redémarrer les processus. En effet, il est nécessaire qu’un processus soit en mode pause pour pouvoir le déplacer.

Pour mettre un processus qui fonctionne déjà alors qu’il n’a pas été mis en arrière plan par l’action de l’esperluette, on a recours à :

Ctrl-Z

Par l’action de cet équivalent clavier, on stoppe le processus provisoirement et on rend la console à son utilisateur. Il peut alors passer le processus en arrière plan tout en le redémarrant par la commande :

bg

pour background. Le processus fonctionne alors en arrière plan, comme s’il avait été lancé directement en arrière plan par l’esperluette. Mais, il reste lié à la console et est tué si on la ferme.

Pour récupérer le processus en avant plan, il suffit d’utiliser la commande « fg » pour foreground ou si plusieurs commandes sont en arrière plan la commande suivie de son numéro dans la console :

fg %1

On voit qu’aucune de ces solutions ne sont totalement satisfaisantes, car soit on ne récupère pas la console, soit le processus se termine avec celle-ci.

Pour une solution plus complète, voyons maintenant « screen ».

Vidéo conférence – violation de domicile

J’écris ce petit billet pour faire part de mon immense étonnement face à la ruée du monde enseignant vers les vidéoconférences pour établir un travail d’enseignement à distance pendant le confinement dû au covid.

Jusqu’à présent, j’ai pensé que le domicile était pour chacun un lieu protégé du regard d’autrui, sauf en cas de circonstances si exceptionnelle qu’un juge devait statuer pour délivrer un mandat d’investigation à des policiers tenus de rendre des comptes quant à leurs fouilles.

À l’annonce de la nécessité d’un enseignement à distance, beaucoup d’enseignants ont décidé de donner des leçons en imposant clairement aux élèves le devoir d’utiliser la vidéo et cela, en période de confinement, dans leur domicile et plus particulièrement dans leur chambre. Certains on même demandé de photographier celle-ci. Tout cela avec la bénédiction implicite des départements de l’instruction publique.

Or, non seulement les outils utilisés, comme Zoom, Skype ou Team, sont des logiciels au code fermé dont aucune garantie de confidentialité n’est donnée, à part la parole de leur propres développeurs, mais leur utilisation étant faite sous l’autorité des enseignants, on peut se demander dans quelle mesure il est possible pour des enfants, des adolescents pour lesquels il est déjà difficile d’échapper à la participation à des réseaux sociaux utilisés par leur camarades, de s’opposer à une autorité scolaire qui s’introduit ainsi dans leur foyer.

Pour moi, la réponse est clairement qu’il ne leur est pas possible de refuser. Et non seulement l’élève ne peut le faire, mais sa famille non plus. Est-il normal qu’un enseignant puisse clairement écouter ce qui se passe dans une famille, se rendre compte des discussion qui s’y déroulent, des propos qui peuvent à tort ou à raison être tenu par chacun et plus encore, s’introduire dans l’intimité de la chambre d’un enfant ou d’un adolescent ?

Il est piquant de constater que des enseignants clamant haut et fort avant le covid la nécessité du respect de la vie privée, ne voient rien à redire à l’obligation qu’il donnent à leurs élèves d’utiliser la vidéo. Car, prétendre qu’ils ont le choix n’est pas honnête.

Pour moi, l’utilisation de logiciels de vidéo-conférence, libres et à plus forte raison propriétaires, est clairement une violation de domicile sans aucune justification.

Car il est totalement possible de réaliser un enseignement à distance sans utiliser la vidéo. De plus des logiciels respectueux des données de connexion ou des messages échangés par leur biais avec les élèves existent, le plus connu étant Moodle.