Vidéo conférence – violation de domicile

J’écris ce petit billet pour faire part de mon immense étonnement face à la ruée du monde enseignant vers les vidéoconférences pour établir un travail d’enseignement à distance pendant le confinement dû au covid.

Jusqu’à présent, j’ai pensé que le domicile était pour chacun un lieu protégé du regard d’autrui, sauf en cas de circonstances si exceptionnelle qu’un juge devait statuer pour délivrer un mandat d’investigation à des policiers tenus de rendre des comptes quant à leurs fouilles.

À l’annonce de la nécessité d’un enseignement à distance, beaucoup d’enseignants ont décidé de donner des leçons en imposant clairement aux élèves le devoir d’utiliser la vidéo et cela, en période de confinement, dans leur domicile et plus particulièrement dans leur chambre. Certains on même demandé de photographier celle-ci. Tout cela avec la bénédiction implicite des départements de l’instruction publique.

Or, non seulement les outils utilisés, comme Zoom, Skype ou Team, sont des logiciels au code fermé dont aucune garantie de confidentialité n’est donnée, à part la parole de leur propres développeurs, mais leur utilisation étant faite sous l’autorité des enseignants, on peut se demander dans quelle mesure il est possible pour des enfants, des adolescents pour lesquels il est déjà difficile d’échapper à la participation à des réseaux sociaux utilisés par leur camarades, de s’opposer à une autorité scolaire qui s’introduit ainsi dans leur foyer.

Pour moi, la réponse est clairement qu’il ne leur est pas possible de refuser. Et non seulement l’élève ne peut le faire, mais sa famille non plus. Est-il normal qu’un enseignant puisse clairement écouter ce qui se passe dans une famille, se rendre compte des discussion qui s’y déroulent, des propos qui peuvent à tort ou à raison être tenu par chacun et plus encore, s’introduire dans l’intimité de la chambre d’un enfant ou d’un adolescent ?

Il est piquant de constater que des enseignants clamant haut et fort avant le covid la nécessité du respect de la vie privée, ne voient rien à redire à l’obligation qu’il donnent à leurs élèves d’utiliser la vidéo. Car, prétendre qu’ils ont le choix n’est pas honnête.

Pour moi, l’utilisation de logiciels de vidéo-conférence, libres et à plus forte raison propriétaires, est clairement une violation de domicile sans aucune justification.

Car il est totalement possible de réaliser un enseignement à distance sans utiliser la vidéo. De plus des logiciels respectueux des données de connexion ou des messages échangés par leur biais avec les élèves existent, le plus connu étant Moodle.

Intelligence collective

Pendant cette pandémie de coronavirus, il arrive qu’on entende parler d’intelligence collective. Que beaucoup de personnes se mettent à réfléchir sur la production de respirateurs et on loue l’apparition d’intelligence collective.

La discussion ci-dessous s’y réfère explicitement et me semble intéressante par les avis contrastés auxquels elle mène en terme de reconnaissance vocale. Car, mobiliser de nombreuses ressources humaines pour traiter un problème ne suffit certainement pas à amener un collectif, aussi important soit-il, à l’intelligence. La résolution de problèmes tels que les déplacement en voitures ou l’information par la vidéo le montre clairement.

La relation entre la reconnaissance vocale et l’intelligence artificielle est aussi troublante de ce point de vue puis on y fait l’hypothèse que c’est en utilisant un grand nombre de cas qu’on pourrait contextualiser les discours. En un sens, c’est l’espoir de pouvoir utiliser une forme d’intelligence collective pour rendre le système moins con. Espoirs déçus semble-t-il. Mais ne devait-on pas s’y attendre.

Extrait de :

La reconnaissance vocale aux prises avec la réalité sociologique – Décryptualité du 6 avril 2020

Luc : Sujet du jour, on va reprendre certains éléments notamment sur cette question de l’intelligence collective qui était dans un des articles, pour parler un petit peu, notamment, de reconnaissance vocale et de la nécessité, ou pas, que les humains, que les développeurs interviennent pour qu’un système automatique soit pertinent. Le point de départ c’est un article2 que j’ai vu dans Next INpact qui reprend quelque chose publié par The Verge un magazine américain. Ils ont repéré que les outils de reconnaissance vocale identifiaient mal les mots dans 19 % des cas quand les entretiens étaient faits avec des Blancs et dans 35 % des cas quand c’était fait avec des Noirs américains. Est-ce que le système est raciste ?

Manu : Le système est peut-être raciste, en tout cas il a des comportements qui le semblent et qui maltraitent les utilisateurs du système. C’est quelque chose qu’on retrouve avec les images : les images ont l’air d’être calibrées par des gens qui sont blancs et qui n’arrivent pas à bien gérer des images de gens noirs.

Luc : Pour moi c’est comparable mais pas ce n’est pas tout à fait la même chose parce que tu ne parles pas différemment que tu sois noir ou blanc. En revanche, aux États-Unis, il y a une dimension sociologique très importante : on sait que les populations noires américaines sont très majoritairement défavorisées, donc vont potentiellement avoir des accents liés à leurs groupes sociaux qui vont être plus populaires, etc., des façons de parler, indépendamment du fait que leur peau soit noire, le phénomène physique lié à ça n’a aucun lien, c’est simplement qu’ils vont être sous-représentés dans les échantillons de gens qui vont parler ou ce genre de choses. Sur les images, par contre ?

Manu : Par contre, là ce sont les programmeurs qui vont calibrer les images et les dispositifs de prise d’images, et qui vont plutôt orienter dans un sens ou dans un autre. Souvent, quand les programmeurs mettent en place ces outils, c’est eux-mêmes qu’ils utilisent comme point de départ et c’est leur groupe, leur entourage d’une manière générale, donc ils vont calibrer en partant sur des visages blancs traditionnels.

Luc : Après, ils vont éventuellement prendre des tas de paquets de photos et ils vont aller taper dans des photos où si la population est majoritairement blanche il y aura beaucoup de gens blancs et, potentiellement, des banques de photos de trucs qui les intéressent, en tout cas qui leur semblent correctes, du coup il va y avoir des biais. Il y a eu le même type de problèmes avec la reconnaissance faciale des visages asiatiques par exemple, parce que, pareil, les systèmes sont mal alimentés. Donc il n’y a pas besoin qu’il y ait un projet derrière, c’est juste que c’est aussi le reflet du milieu social dans lequel naviguent les gens qui mettent ça en place.

Manu : J’aurais tendance à dire, c’est une expression d’informaticien, GIGO, garbage in, gabage out. En gros, si on met du caca dedans on va obtenir du caca à l’extérieur. Dans le monde du Libre, il y a des gens très intéressants qui essayent d’obtenir des données pour ensuite en faire quelque chose, notamment sur la reconnaissance vocale. On a des amis à Mozilla qui bossent là-dessus.

Luc : Il y a un projet Mozilla, c’est Common Voice3, comme la voix en anglais, voice.mozilla.org, dans lequel, selon la bonne logique du Libre où chacun apporte quelque chose et de l’intelligence collective, tout le monde peut venir contribuer, parce que, évidemment, ce genre de système a besoin de beaucoup d’échantillons et de gens qui écoutent. On peut à la fois enregistrer sa voix et écouter les échantillons enregistrés par d’autres personnes pour que le système sache si c’est un bon échantillon sur lequel travailler ou pas. On a regardé vite fait et on va vous faire écouter une partie validation d’un des échantillons sur lequel on est tombé. Pour moi il illustre très bien le problème.

Voix off : Une partie de la chanson réside dans sa sonorité, avec les thèmes « archetypique ».

Luc : Le mot « archetypique » n’existe pas, c’est archétype, ça s’écrit « ch », le mot est un peu compliqué, la personne qui parle se prend les pieds dans le tapis, elle ne connaît probablement pas le mot. Typiquement, là on voit la phrase qui fait que quelqu’un qui a un petit peu moins de culture littéraire que quelqu’un d’autre va se planter. Peut-être que cette personne aura un accent de certaines catégories sociales moins éduquées, mais qui vont avoir du mal à être représentées dans ce cas-là.

Manu : C’est quelque chose qu’on va avoir dans tous les cas et c’est là où on espère que l’intelligence collective, comment on pourrait dire, soit bien regroupée, récupérée, tamisée, pour en ressortir les bonnes informations. Ce n’est pas facile, je pense qu’il y a un gros effort à faire derrière pour éviter les biais.

Luc : Un autre truc là-dessus, j’en ai écouté plein, je me suis amusé à les valider, c’est 80 % d’hommes qui parlent. Il y a très peu de femmes dans les enregistrements de Mozilla. On voit qu’en laissant ça ouvert, finalement Mozilla récupère des gens qui sont plutôt libristes, qui sont souvent des hommes, souvent bien éduqués. Rien que dans le choix des textes, des fois il y a des noms de villes ou des noms propres étrangers, super durs à dire.

Manu : On avait eu des cas, qu’on avait trouvés amusants tous les deux, de données qui avaient été fournies à des machines et qui avaient dégénéré derrière, notamment dans des cas d’assistants conversationnels qui essayaient de discuter avec les individus sur Internet et qui étaient devenus pseudo-nazis.

Luc : Microsoft avait fait ça, ils avaient mis une IA et on pouvait aller tchatter avec parce que c’était trop cool. Évidemment tout le monde s’est amusé à la troller et en 48 heures, je crois, elle est devenue nazie, misogyne, à peu près le pire qu’on puisse imaginer, parce que c’était rigolo.

Manu : C’est là qu’on se rend que la machine elle-même, si on ne lui donne que des mauvaises informations, elle ne va pas en tirer autre chose que des mauvaises informations.

Luc : Tu pourrais trouver de bonnes conclusions avec des mauvaises informations : le propre de l’intelligence naturelle c’est d’être capable de comprendre les choses par rapport à leur contexte. Or, la machine ne comprend pas, n’a pas cette capacité-là, donc elle ne crée aucun sens. Elle se contente de faire des traitements statistiques d’une base de données. Il y a des gens qui disent « on va lui donner vraiment des tonnes et des tonnes de données, des milliards de données, du coup ça va aller ». Ce que je pense c’est qu’on peut avoir les trucs les plus puissants du monde et mettre des quantités de données pas possibles, le système ne s’en sortira jamais parce qu‘il n’est pas capable de comprendre le contexte. Il faut que quelqu’un lui mette le contexte.

Manu : Ça c’est un sujet qu’on a déjà eu entre nous, clairement.

Luc : Et on n’est pas d’accord !

Manu : Et on n’est pas d’accord ! C’est peut-être mon côté informaticien : j’ai l’impression que si on donnait à un ordinateur toutes les données du monde, à un moment donné il en retirerait une information contextualisée qui lui suffirait pour passer pour nous. Clairement passer le fameux test de Turing par exemple.

Luc : Non ! Je pense que non parce qu’elle n’est pas contextualisée. Le contexte est hyper-variable et à moins que quelqu’un soit capable de décrire le monde tout entier, constamment, de dire « dans tel contexte ceci, dans tel contexte cela », sachant que le contexte change tout le temps puisqu’on a tous des capacités à inventer des mots, à faire de la poésie, des analogies, des machins, etc., la culture change constamment, c’est une mission impossible en fait.

Manu : Moi je rétorquerai, mon côté informaticien, que oui, effectivement, on n’y arrive pas aujourd’hui. Clairement avoir un contexte qui soit malléable, évolutif, qui soit capable de prendre en compte peut-être même des choses personnelles, ça va être difficile pour l’ordinateur, mais ce n’est qu’une question de quantité. La quantité est une qualité et on peut transformer, c’est ce qu’essayent de faire les géants du Web, les Google, les Uber même avec leurs outils de conduite automatique, ils essayent, à partir de masses de données, d’en retirer quelque chose. Est-ce que ce sera une intelligence ? Non. Est-ce que ce sera quelque chose qui aura un bon sens ? Non, parce que je ne suis même pas sûr qu’on puisse définir entre nous ce qu’est un bon sens. C’est comme la conscience. Allez définir la conscience ! Moi je pense que ce n’est pas définissable, parce que peut-être même que ça n’existe pas et que nous, en tant qu’humains, finalement nous ne sommes que la masse des données qui nous constituent, de manière imparfaite parce qu’on se va se planter régulièrement, on va régulièrement se tromper dans les contextes qu’on utilise nous-mêmes, comme un ordinateur, parfois pire qu’un ordinateur, on va faire des erreurs de bon sens, dans le sens où toi tu l’entends.

Luc : C’est là-dessus qu’on n’est pas d’accord, donc on n’arrivera pas à se mettre d’accord ici. Pour moi c’est une différence fondamentale dans la façon dont l’information est traitée et on peut en mettre des tonnes, ça n’améliorera pas la situation, même si on fait des erreurs, il y a des erreurs absolument grossières qu’on ne fera pas. De la même façon que tu as même des animaux qui sont capables de catégoriser des éléments en en ayant vu très peu ; en fait, c’est cette question de la compréhension du contexte. Sauf à ce que la technologie évolue et qu’on passe sur des systèmes d’analyse qui soient radicalement différents, pour moi on va continuer comme depuis les années 50 en pensant qu’on va y arriver parce que ce sera plus puissant, qu’on aura plus de données.

Manu : Il est possible effectivement, comme on le dit depuis 60 ans, « dans 20 ans, l’intelligence artificielle sera au niveau d’un être humain ». Et aujourd’hui encore on dit souvent « dans 20 ans ça y est, on y est » . Donc c’est possible que ce soit toujours le cas, que ce soit toujours à l’infini.
En tout cas on peut se mettre d’accord, déjà aujourd’hui, c’est qu’on fait beaucoup de conneries avec l’informatique, il y a beaucoup d’algorithmes dont il faut se méfier, il y a beaucoup d’usages qui sont mauvais et, effectivement, il faut qu’on y regarde de près. Éviter que les machines deviennent racistes, qu’elles deviennent misogynes, xénophobes et qu’elles nous entraînent dans des comportements qui seront vraiment gravés dans le silicium parce que ce serait particulièrement mauvais pour nous. Là il faut y faire attention, c’est pour ça que le Libre est important.

Luc : Et garder le contrôle de l’informatique.

Manu : Exactement. Là on est d’accord, je pense, et il faut qu’on y bosse.

Covid eo 19

Cet article a pour but de souligner les conséquences informatiques démesurées de la crise sanitaire que nous vivons. En particulier dans l’enseignement.

Si quelques voix s’élèvent aujourd’hui pour en rendre la mesure plus juste, il me semble que le manque d’analyse et de retenue dans l’utilisation des technologies qui nous sont proposées va avoir de lourdes conséquences sur l’avenir.

Les raisons qui m’ont poussé l’abandon de la voiture étant les mêmes que celles qui me poussent à lancer cet appel, j’aimerais dire ici toute l’absurdité que je conçoit dans l’utilisation d’un tel moyen de transport inefficace. Dans un monde qui met le rendement presque au-dessus de toute valeur, comment comprendre en effet une immense majorité des déplacements dans un objet de plusieurs tonnes sur quelques kilomètres pour ramener du pain par exemple, généralement pour déplacer une unique personne de moins de cent kilogrammes. Comment comprendre l’utilisation d’un tel véhicule alors qu’on évoque plus depuis longtemps la pandémie de morts qui lui est liée, tant en raison de la pollution et des accidents qu’en raison de la diminution de l’activité physique qu’elle induit.

Comme avec l’automobile, la crise actuelle nous fait perdre tout sens de la mesure. Elle dirige nos actions vers des facilités qui cachent leurs coûts. Les immenses efforts consentis aujourd’hui pour généraliser la vidéo comme moyen de communication évident entre les gens ressemblent fortement à la publicité faite pour inscrire la voiture dans cette même perspective. Autour d’un feu, des amis se rencontrent grace à leur voiture en arrière plan. L’image est aujourd’hui incomplète ou désuète. Il y manque les smartphones connectés en 5G sur Microsoft Team.

Le streaming, la publicité, les traceurs constituent aujourd’hui l’immense majorité du trafic réseau et ainsi, l’immense majorité de la pollution qui lui est lié. Or, à l’instar des voitures, la question du rendement de ces pratiques se pose. Pour moi, déplacer une information par un canal vidéo, c’est comme déplacer du pain dans un 4×4. Dans les trois domaines que je connais, la physique, l’informatique et les mathématiques, la quasi totalité des vidéos disponibles présente une information qui tiendrait sur une page de texte et qui est clairement très en deçà de ce que peut fournir un texte. Par ailleurs, le travail nécessaire pour construire des vidéos de qualité est simplement hors de portée de la plupart des gens. On ne s’improvise pas scénariste, metteur en scène, cameraman et monteur facilement.

Ainsi, si l’information transmise par les vidéos est souvent très pauvre, son coût est très important.

En terme de stockage d’abord. Il est évident qu’à vingt-cinq images par seconde, la photographie est clairement disqualifiée. Et les prodiges accomplis par les ingénieurs pour obtenir toujours de plus grandes capacités, s’apparentent le plus souvent à un incitation à ne plus réfléchir à ce qu’on fait, exactement comme dans le cas de la taille des automobiles où le « au cas où » règne. Or, aujourd’hui ce stockage à des coûts énergétiques non négligeables.

En terme de flux ensuite, puisque le streaming de toute nature (vidéo on demand, visio conférence, …) est un énorme consommateur de bande passante qui sollicite tellement les infrastructures (serveurs, routeurs, clients, …) que notre environnement s’en trouve modifié. L’implantation d’antennes de grande capacité devient indispensable à l’acheminement de ce flux de données qui, je l’affirme ici, s’apparente plus à du bruit qu’à de l’information.

En terme de protection des données aussi, puisque non seulement l’arrivée des images dans la maison livre aux multinationales (les GAFAM, dont Microsoft fait partie) des informations sensibles sur nos modes de vie, sur les conversations de tiers non prévenus dans la maison, sur des éléments de mobilier sans aucun doute facilement reconnus par des programmes de reconnaissance d’objets. Comme l’ont montré l’espionnage par le logiciel Zoom détournant sans accord préalable des données au profit de Facebook et l’affaire Snowden, tous les acteurs fournissant des logiciels dont personne ne peut contrôler le code, ont des intérêts certains à récolter nos données. De plus, un élève n’est jamais en situation de refuser un entretien par visioconférence demandé par une autorité comme un enseignant. Comme souvent celui-ci se déroule dans la chambre même de l’élève, s’il utilise son ordinateur personnel ou son smartphone, tant le lieu de vie d’une personne est … personnel, c’est un regard totalement injustifié porté sur son intimité par quelqu’un qui le force à se montrer. Cela n’est pas admissible.

Enfin, de tous les points de vue, demander à des élèves d’utiliser des applications en vue de vidéo conférence, me paraît être une très mauvaise idée. Ces applications s’apparentent à des réseaux sociaux, avec tous leur défauts, auxquels on force les jeunes à adhérer. Microsoft l’a très bien compris et la promotion faite par les services techniques pour des applications comme Team, qui laisse supposer que Moodle, logiciel gratuit, libre et qui peut être autohébergé et donc parfaitement auditable par un préposé à la sécurité des données, tant du point de vue de ses conditions d’utilisation que du code source qu’il utilise, ne satisferait pas à ces même conditions, n’est simplement pas acceptable.

La nécessité d’un enseignement à distance ne doit pas se faire au détriment des intérêts des élèves. Leur demander d’installer des applications fermées, dont on ne peut assurer qu’elles ne contiennent pas de traceurs n’est pas admissible. Faire autrement signifie donc un retour aux standards : les navigateurs web, Firefox en particulier. C’est la seule manière, hors l’utilisation de logiciels totalement libres, de pouvoir tenter de s’assurer, en tant que client d’un service, qu’on n’est pas pisté. C’est la seule manière d’avertir les élèves du risque indéniable que ces applications font planer sur leurs vies et des moyens de s’en prémunir. Pour les enseignants, c’est la seule manière d’être honnête vis à vis de leurs élèves et de ce point de vue, mais de de plein d’autres aussi, Moodle est clairement un système d’enseignement à distance à privilégier.

Enfin, à l’instar des tenants des vidéos-conférences qui étudient à la loupe toutes les fonctionnalités de leur applications, comme le font les automobilistes pour leur machines polluantes, pour en réduire les « petits » inconvénients, il me semble nécessaire non seulement d’exprimer clairement l’inutilité du recours à la vidéo dans l’immense majorité des cas, mais la nécessité de faire la promotion du texte, moyen de transport de l’information par excellence du point de vue du rendement.

C’est la raison pour laquelle, je propose sur ce site, de l’information pour faire de l’informatique en ligne de commande. Informatique qui n’est certainement pas de moins bonne qualité pour cette raison, faut-il le préciser.

Décroissance

Personne n’en veut. Il en faut toujours plus et pour beaucoup décroître c’est revenir en arrière, comme si, en avant, tout était mieux. Les défenseurs des pays pauvres ne voient pas pourquoi ceux-ci ne croîtraient pas de la même manière que l’automobiliste ne voit pas pourquoi il n’aurait pas un SUV aussi gros que celui de son voisin.

À l’école, alors que beaucoup d’enseignants doutent de l’intérêt de l’informatique, au lieu d’entendre leurs points de vue, les dirigeants politiques imposent une croissance technologique sans aucune raison objective, font acheter des ordinateurs surpuissants par des services techniques sans aucune connaissances pédagogiques, dogmatisés par les mêmes valeurs qui portent les SUV.

Or, les expériences réalisées avec des micro-ordinateurs comme Raspberry pi, prouvent sans conteste aucun, qu’une informatique libre peut être décroissante sans céder aucunement à la qualité des outils utilisés, ni à l’apprentissage de la science informatique, ni encore à l’innovation intelligente.

En réalité, la décroissance est un réel progrès. C’est celui de l’intelligence contre le gaspillage, celui de la réflexion contre la production, de l’économie de moyens contre l’Économie de l’obsolescence programmée. En fin de compte, la décroissance est la seule vraie optimisation de nos moyens et constitue ainsi le sommet de l’intelligence naturelle.

Informatique millionnaire

Les services gérant l’informatique du canton de Neuchâtel ont demandé un crédit de 50 millions de francs suisse pour se moderniser.
Dans un canton en pleine crise financière qui demande à tous ses autres services de restreindre leur dépenses, c’est tout simplement incroyable.
D’autant plus incroyable que le canton refuse de prendre en compte les économies potentielles liées à l’utilisation de logiciels libres, comme l’abandon de MicrosoftOffice au profit de LibreOffice à l’école primaire ainsi qu’au secondaire où il est totalement inutile.

Les conséquences de cet impôt informatique inique sont nombreuses. Discrètement, on diminue le nombre de classes au lycée par exemple, on remet en question la formation à plein temps dans les écoles techniques où on pousse les élèves dans les entreprises en formation duale, on restreint le nombre d’élèves admis, etc. Alors que l’attaque financière contre le département de l’instruction publique est très importante, l’informatique se permet un énorme crédit.

Incontestablement, l’informatique (d’une multinationale monopolistique) remplace des fonctionnaires et notamment des enseignants. Le résultat en est une diminution du nombre d’élèves ayant accès aux études, ce qui constitue une politique clairement élitiste. On peut dire alors que Microsoft disqualifie.

Parallèlement à cela, l’immense ignorance en informatique des fonctionnaires, enseignants compris, leur font prendre ces dépenses presque comme une fatalité naturelle. Beaucoup sont tout simplement incapables de remettre en question les choix faits, tant ils ignorent que d’autre possibilités existent. Certains se refusent à faire ce qu’ils demandent à leurs élèves, évoluer vers d’autres outils quelque peu différents et beaucoup moins onéreux.

On est loin de réactions ludittes contre les machines, mais tout de même le raz le bol est là. Mais certainement l’histoire officielle retiendra une grogne incompréhensible contre le « progrès » sans vouloir comprendre qu’une mécanisation au seuls profit des classes dirigeantes et au mépris des hommes ne peut être admise.

Langues

Prochain travail écrit sur tout. Revoyez d’abord ce que vous savez déjà, puis apprenez le reste.

– Deux cent mots en cinq semaines, ce n’est pas si difficile que cela … Je ne vois pas le problème.
– À 13 ans … Cela fait tout de même quarante mots par semaine !
– Mais plus de la moitié sont déjà connus.
– Alors pourquoi les répéter ?
– Parce qu’ils sont sensé être déjà connus. Parfois les élèves ne font pas bien leur travail, je ne parle pas de votre fille évidemment.
– Existe-il un moyen de répéter ce vocabulaire avec un ordinateur par exemple ?
– Pas vraiment.
– Pourtant il existe des logiciels pour cela.
– Vous vous rendez compte du temps qu’il faudrait pour mettre tout cela sur informatique.
– Justement je l’ai fait pour ma fille.
– Il aurait mieux fallu que cela soit elle qui le fasse.
– Justement elle l’a à moitié fait puisque elle a dû écrire elle-même la traduction en français.
– Ainsi elle apprend mieux …
– … le français surtout. De plus, j’ai trouvé des erreurs de report, des traductions incorrectes …
– Évidemment, si elle a mal recopié …
– … des mots qu’elle aurait pu apprendre juste, si vous les aviez fournis ou … vérifiés !
– Avec vingt élèves on ne peut tout vérifier.
– C’est la raison pour laquelle, il faudrait que les enseignants donnent les mots avec leur traduction, non ?
– Ce n’est pas le cas.
– J’avais bien compris. Et pour le barème, vous comptez comment ?
– Une faute, une demi-note de moins.
– Soit, sur un maximum de 6, une lettre fausse dans un mot et la note passe à 5,5 ?
– Exactement.
– Cinq fautes et on est insuffisant ! Sur combien de mots ?
– Cinquante.
– Quoi ? 10℅ !
– On voit que vous ne connaissez pas les élèves, sans cela, ils ne travaillent pas.
– Tout de même, non seulement je suis enseignant, mais je vous propose de vous faire faire exactement la même chose, travail écrit et barème compris avec des équations de physique. Seriez-vous prête à tenter l’expérience ?
– Non.
– Pourquoi ?
– Les élèves ont bien plus de temps libre que moi et … j’étais nulle en physique.
– On peut le faire avec des mots de programmation, dans le langage que vous voulez, python, java, …
– Non, car l’informatique n’est pas un langage …
– Pourtant des linguistes s’y intéressent.
– Mais enfin, votre insistance est pénible, cessez de me harceler …
– Quelle était la moyenne de classe du dernier travail écrit de ma fille ?
– La direction vous a déjà répondu que nous ne donnions pas les moyennes. Au revoir Monsieur, je n’ai plus de temps à vous consacrer, je dois répondre aux questions des autres parents.

C’est une histoire vécue. Les moyens pour éviter une grande partie des erreurs des élèves par apprentissage de leurs propres erreurs non corrigées par des enseignants qui se disent submergés, mais ne prennent aucune mesure pour ne plus l’être, existent. Il s’agit de ne pas distribuer des connaissances parcellaires sous de faux prétextes pédagogiques, comme refuser le corrigé des exercices comme cela est encore aujourd’hui le cas dans de nombreuses disciplines. Il s’agit de ne pas exagérer le travail de révision dans le seul but de paraitre être un bon prof par des moyennes qui présentent ses classes comme les plus nulles du monde. Il s’agit de ne pas appliquer des barèmes qu’on a pas le courage de s’appliquer à soi-même.