Langues

Prochain travail écrit sur tout. Revoyez d’abord ce que vous savez déjà, puis apprenez le reste.

– Deux cent mots en cinq semaines, ce n’est pas si difficile que cela … Je ne vois pas le problème.
– À 13 ans … Cela fait tout de même quarante mots par semaine !
– Mais plus de la moitié sont déjà connus.
– Alors pourquoi les répéter ?
– Parce qu’ils sont sensé être déjà connus. Parfois les élèves ne font pas bien leur travail, je ne parle pas de votre fille évidemment.
– Existe-il un moyen de répéter ce vocabulaire avec un ordinateur par exemple ?
– Pas vraiment.
– Pourtant il existe des logiciels pour cela.
– Vous vous rendez compte du temps qu’il faudrait pour mettre tout cela sur informatique.
– Justement je l’ai fait pour ma fille.
– Il aurait mieux fallu que cela soit elle qui le fasse.
– Justement elle l’a à moitié fait puisque elle a dû écrire elle-même la traduction en français.
– Ainsi elle apprend mieux …
– … le français surtout. De plus, j’ai trouvé des erreurs de report, des traductions incorrectes …
– Évidemment, si elle a mal recopié …
– … des mots qu’elle aurait pu apprendre juste, si vous les aviez fournis ou … vérifiés !
– Avec vingt élèves on ne peut tout vérifier.
– C’est la raison pour laquelle, il faudrait que les enseignants donnent les mots avec leur traduction, non ?
– Ce n’est pas le cas.
– J’avais bien compris. Et pour le barème, vous comptez comment ?
– Une faute, une demi-note de moins.
– Soit, sur un maximum de 6, une lettre fausse dans un mot et la note passe à 5,5 ?
– Exactement.
– Cinq fautes et on est insuffisant ! Sur combien de mots ?
– Cinquante.
– Quoi ? 10℅ !
– On voit que vous ne connaissez pas les élèves, sans cela, ils ne travaillent pas.
– Tout de même, non seulement je suis enseignant, mais je vous propose de vous faire faire exactement la même chose, travail écrit et barème compris avec des équations de physique. Seriez-vous prête à tenter l’expérience ?
– Non.
– Pourquoi ?
– Les élèves ont bien plus de temps libre que moi et … j’étais nulle en physique.
– On peut le faire avec des mots de programmation, dans le langage que vous voulez, python, java, …
– Non, car l’informatique n’est pas un langage …
– Pourtant des linguistes s’y intéressent.
– Mais enfin, votre insistance est pénible, cessez de me harceler …
– Quelle était la moyenne de classe du dernier travail écrit de ma fille ?
– La direction vous a déjà répondu que nous ne donnions pas les moyennes. Au revoir Monsieur, je n’ai plus de temps à vous consacrer, je dois répondre aux questions des autres parents.

C’est une histoire vécue. Les moyens pour éviter une grande partie des erreurs des élèves par apprentissage de leurs propres erreurs non corrigées par des enseignants qui se disent submergés, mais ne prennent aucune mesure pour ne plus l’être, existent. Il s’agit de ne pas distribuer des connaissances parcellaires sous de faux prétextes pédagogiques, comme refuser le corrigé des exercices comme cela est encore aujourd’hui le cas dans de nombreuses disciplines. Il s’agit de ne pas exagérer le travail de révision dans le seul but de paraitre être un bon prof par des moyennes qui présentent ses classes comme les plus nulles du monde. Il s’agit de ne pas appliquer des barèmes qu’on a pas le courage de s’appliquer à soi-même.

Réservations

« Réservez à l’avance et profitez … ». Belle maxime.

Inscrivons-nous donc à un cours de plongeon. Payons rubis sur l’ongle chacun des semestres de ce cours, pendant plusieurs années. Même si à certains moments la fréquentation du cours devient quasi nulle, persévérons. Motivons même d’autres personnes pour nous rejoindre et progressons assez pour donner par l’exemple envie à d’autres de pratiquer ce beau sport.

Sauf qu’un jour un problème survient. Oh, pas grand chose, une petite chute à ski. Plus par prudence que suite à des douleurs, le médecin nous dit qu’il ne faudrait plus forcer sur le genou pendant quelques mois. Évidemment, le plongeon c’est pas bon dans ce genre de situation.

Comme on arrive à la fin du premier semestre de la saison, avertissons le service des sports responsable des cours que nous allons prendre une pause nécessaire (selon l’avis du médecin) au second semestre, pour reprendre ensuite.

Et là s’arrête la belle aventure.

On comprend parfaitement, mais nous ne pourrons vous donner la préférence pour votre reinscription.

Traduction : le système de réservation automatique permet aux inscrits du second semestre de se réinscrire avant d’éventuelles nouvelles inscriptions pour l’année suivante.

Étant donnée la demande du moment pour le second semestre, le cours se retrouve plein. Et sans préférence d’inscription, impossible de trouver de la place pour le premier semestre de l’année suivante.

Résultat : éjection du cours … suite à un accident. Comme dans le sport, une blessure ne pardonne pas, autant le faire bien comprendre aux cours de sport eux-mêmes.

Évidemment pour les responsables (le service des sports de la ville de Neuchâtel en Suisse), il ne s’agit pas d’exclusion. Aucune raisons n’est donnée, mais on peut comprendre leur problème : le système ne l’avait pas prévu. Il faudrait intégrer le cas et malheureusement, cela coûterait quelque chose en terme de programmation. Le reconnaître et s’excuser, pensez-vous … Les managers du service des sports sont de la génération qui a appris à vanter l’entreprise aveuglément et ils sont aussi intraitable que leur système informatique.

Relevons enfin que le sport perd non seulement un sportif, mais aussi un potentiel remplaçant de l’entraîneur à qui il a parfois été demandé de faire les cours quand les responsables ne trouvaient pas de remplaçant.

Problème d’informatique semble-t-il donc finalement. Au début oui, finalement non, car certainement qu’un traitement humain aurait pu dénouer la situation. Mais parfois, l’état d’esprit de certains humains côtoie celui des machines.

La fin de l’éducation ? Commencements …

Un livre extraordinaire. Au cours d’une carrière d’enseignants, on comprend petit à petit que l’éducation apprend essentiellement aux élèves à obéir. Des sentiments confus, des étonnements, une conscience progressivement plus claire de ce que l’éducation en-classe les élèves dans les préjugés des enseignants, les rend dépendant des maîtres, ne les autonomises pas, apparaissent avec l’expérience de l’enseignement. Ce livre en expose les raisons si clairement qu’on a l’impression qu’il met des mots sur ces sentiments.

« De nos jours, dans le monde entier, l’éducation tend vers chaque fois plus de contrôle : d’avantage de tests, d’examens et de certifications. Il semble que, de plus en plus souvent, ce soient même l’évaluation et la certification qui déterminent l’enseignement. »

Ce n’est pas normal. L’éducation par la contrainte ne fait rien apprendre, elle éduque. Apprendre c’est tout autre chose. C’est vivre.

Les briseurs de machines

Trop d’ingénieurs pensent la technique innocente. Ce livre montre au contraire à quel point elle est fortement liée avec l‘éthique et la politique. Rarement discussion sur les enjeux des techniques n’a aussi clairement montré qu’on ne peut les concevoir ailleurs qu’au centre des politiques de tout temps.

La technique n’est pas innocente.

De tout temps des gens ont osés dire qu’ils n’étaient pas d’accord avec la production même de certaine techniques. Ce livre leur rend hommage.

Histoire

Un nombre très important de parcours scolaires s’expliquent bien par l’histoire et les conditions de vie des élèves. Autrement dit par le contexte dans lequel ils se trouvent. Cela semble évident. Pourtant si le « il ne veut rien faire » s’entend souvent, le « il ne peut rien faire » ne l’est jamais.

Parcours scolaires … comportements, attitude face aux disciplines et très probablement bien plus jusqu’à la compréhension des matières, tout est fondamentalement lié aux expériences de vie des élèves.

La physique montre clairement que les modèles aristotéliciens redoutablement efficaces dans la vie courante imprègnent profondément les conceptions physiques des élèves à tel point qu’ils refusent de les remettre en question. Pourquoi en serait il autrement ailleurs ?

Aucun élève ne « veut rien faire ». Tous veulent bien faire, chacun dans un contexte différent.

Le difficile travail de l’enseignant est donc de faire évoluer ce contexte dans la tête de l’élève et surtout pas de le dévaloriser car il est très efficient. Personne ne peut dévaloriser la pensée de Newton, parce que la relativité en a montré les erreurs. Il faut remarquer sa pertinence et simplement souligner ses limites.

Encore faut-il connaître ce contexte. Pour cela, les parents sont une aide inestimable. Pas seulement pour les comportements, mais dans les matières mêmes, par l’intermédiaire de leurs passions. Ils doivent être intégrés à tous les niveaux de l’enseignement et pas comme faire valoir ou justificatif autoritaires des sanctions prises par les autorités scolaires. Mais au coeur même de l’enseignement. Ils ne le sont pas. Ils doivent l’être. C’est difficile, mais nécessaire.