L’invention des déchets urbains

Un ouvrage d’une qualité remarquable. Non seulement par le sérieux de son contenu, mais par l’importance de son sujet.

Le début du XIXe siècle est caractérisé par l’absence de la notion de déchet en raison d’une vision incroyablement écologique du cycle des matières qui, étant alors essentiellement organiques, sortent de la ville pour y revenir par les comestibles.

Ce cycle est brisé par l’apparition des engrais chimiques qui vont remettre en question l’utilisation des matières rejetées par la ville en direction des champs. La résistance à cet abandon du recyclage existera durant la fin du siècle et le début du suivant. Mais le cercle sera rompu essentiellement par un changement de vision du cycle écologique des matières biologiques au profit d’un cycle intégrant une dégradation de celles-ci vers des déchets minéraux.

On y apprends aussi l’histoire du papier à travers les chiffonniers et la dégradation progressive de leur conditions de travail par l’apparition des poubelles et celles beaucoup plus récentes des décharges, des incinérations et des stations d’épurations.

La conclusion fait le point de ce que ces histoires devraient permettre de remettre en question dans notre façon de voir les déchets humains et urbains et elle montre l’aveuglement qui est caractéristique de notre époque.

C’est un ouvrage exceptionnel de clarté, de mise en lumière, d’importance qui n’est semble-t-il malheureusement (et on peut imaginer pourquoi) plus édité. N’hésitez donc pas à vous le procurer en bibliothèque, car il contient des informations qui vont certainement changer votre vie.

Algues vertes

« L’histoire interdite »

Un ouvrage passionnant, sérieux et très documenté. Présenté sous forme de bande dessinée, il ouvre une fenêtre sur les pollutions de l’agriculture intensive en Bretagne et sur les méthodes des pollueurs-non payeurs pour se dégager de toute responsabilité. Il montre comment on peut procéder pour remettre systématiquement en cause les études scientifiques, à l’instar de ce que les fabriquant de tabac ont trop souvent fait. Il montre surtout que ce type d’agriculture est totalement incompatible avec un monde non seulement respectueux de la nature, mais aussi des gens, autant paysans que passants.

L’utilisation de la bande-dessinée pour un ouvrage d’investigation est ici parfaitement adaptée à cette situation de paysages et d’hommes malades d’une productivité qui déraille. À lire absolument.

Mémoires vives

Edward Snowden, « l’homme qui a tout risqué pour dénoncer la surveillance globale » est un homme à qui j’aimerais serrer la main et dire « Respect ». Non seulement son histoire est incroyable, son courage hallucinant, mais dans ce livre, il nous prouve qu’il y a derrière son action une réflexion très approfondie sur la surveillance de masse et surtout sur les valeurs qui la définissent.

Son livre est aussi intéressant, car il montre la genèse de son action, comment progressivement des doutes se sont immiscés en lui et les efforts qu’il a fallu pour en reconnaître la valeur. Tout en étant l’histoire d’une vie (bien heureusement pas encore terminée), son récit est une philosophie. Il nous permet de voir, au-delà des techniques d’espionnage, l’esquisse du monde de demain et c’est effrayant.

Nomade des mers

Cet ouvrage est simplement fondamental. Il doit orienter nos vies.

Il est consacré au Low Tech et loin du discours porté sur ces technologies, il s’attarde à recenser des innovations au cœur même de celle-ci. C’est un travail d’ingénieur et il ne faut pas s’y tromper, c’est un énorme travail intellectuel. D’abord par la prise de conscience de leur nécessité, mais surtout parce que si les low tech consomment peu, sont particulièrement bien adaptés à leurs usages et respectent l’environnement, elles nécessitent un immense travail de réflexion préalable. Ce qu’on gagne en adéquation de l’objet avec sa fonction, on le « perd », mais ne faudrait-il pas plutôt dire qu’on le gagne, en temps de cerveau.

En réalité, si on peut s’imaginer que la démarche low tech nous pousse à une réflexion extrême, elle nous engage plutôt sur le temps de la réflexion. À l’opposé des nouvelles technologies qui prônent une idéologie de la vitesse, les low tech obligent à prendre le temps. La conséquence est simple, tout dans les objets fabriqués ainsi est plus adapté à l’Homme.

Lisez donc ce tour du monde de l’intelligence comme si vous faisiez un tour du monde de la connaissance humaine.

La contamination du monde : l’histoire de la pollution, contre histoire de l’industrialisation

Petit frère de :

Teechno-critiques Du refus des machines à la contestation des technosciences

il en est aussi la conséquence logique. Et l’histoire montre les même comportement des puissants, loin d’œuvrer à une industrialisation menant l’Homme dans le bonheur d’outils adaptés à ses besoins, qui contournent leur propres lois, discréditent la contestation ou disqualifient jusqu’aux pouvoirs publics, conscients des atteintes à l’environnement que représentent certaines pratiques industrielles, qui parfois s’opposent à eux.

Cela fait clairement penser à l’attitude des autorités suisse remettant à une fabrique de tabacs le soin d’évaluer la pollution due aux nanoparticules.

Un ouvrage encore une fois remarquable, qu’il est tout aussi indispensable de lire que sont grand frère.

La siliconisation du monde

« L’irrésistible expansion du libéralisme numérique »

C’est à une histoire du développement des idées et idéologies du numérique que nous invite l’auteur. Le réquisitoire est complet et extrêmement bien documenté et la culpabilité indéniable. Pourtant, malgré cette évidence, de telles analyses sont tellement à l’opposé des discours propagandistes actuels sur l’informatique qu’elle dessinent indirectement une opposition évidemment irréconciliable entre deux mondes.

À l’heure de la surveillance de masse, une histoire du développement des idéologies qui l’ont permise était absolument nécessaires et en faire le lien avec l’histoire des techniques permet de marquer clairement que la technologie n’est pas neutre.

Des proposition d’action sont faites en fin d’ouvrage, mais on peut regretter qu’un second tome ne leur soit pas consacré tant aujourd’hui il est nécessaire de stopper cette siliconisation galopante et d’en réduire l’impact environnemental, tout en adaptant nos technologies pour que l’Homme puisse en reprendre le contrôle.