Covid eo 19

Cet article a pour but de souligner les conséquences informatiques démesurées de la crise sanitaire que nous vivons. En particulier dans l’enseignement.

Si quelques voix s’élèvent aujourd’hui pour en rendre la mesure plus juste, il me semble que le manque d’analyse et de retenue dans l’utilisation des technologies qui nous sont proposées va avoir de lourdes conséquences sur l’avenir.

Les raisons qui m’ont poussé l’abandon de la voiture étant les mêmes que celles qui me poussent à lancer cet appel, j’aimerais dire ici toute l’absurdité que je conçoit dans l’utilisation d’un tel moyen de transport inefficace. Dans un monde qui met le rendement presque au-dessus de toute valeur, comment comprendre en effet une immense majorité des déplacements dans un objet de plusieurs tonnes sur quelques kilomètres pour ramener du pain par exemple, généralement pour déplacer une unique personne de moins de cent kilogrammes. Comment comprendre l’utilisation d’un tel véhicule alors qu’on évoque plus depuis longtemps la pandémie de morts qui lui est liée, tant en raison de la pollution et des accidents qu’en raison de la diminution de l’activité physique qu’elle induit.

Comme avec l’automobile, la crise actuelle nous fait perdre tout sens de la mesure. Elle dirige nos actions vers des facilités qui cachent leurs coûts. Les immenses efforts consentis aujourd’hui pour généraliser la vidéo comme moyen de communication évident entre les gens ressemblent fortement à la publicité faite pour inscrire la voiture dans cette même perspective. Autour d’un feu, des amis se rencontrent grace à leur voiture en arrière plan. L’image est aujourd’hui incomplète ou désuète. Il y manque les smartphones connectés en 5G sur Microsoft Team.

Le streaming, la publicité, les traceurs constituent aujourd’hui l’immense majorité du trafic réseau et ainsi, l’immense majorité de la pollution qui lui est lié. Or, à l’instar des voitures, la question du rendement de ces pratiques se pose. Pour moi, déplacer une information par un canal vidéo, c’est comme déplacer du pain dans un 4×4. Dans les trois domaines que je connais, la physique, l’informatique et les mathématiques, la quasi totalité des vidéos disponibles présente une information qui tiendrait sur une page de texte et qui est clairement très en deçà de ce que peut fournir un texte. Par ailleurs, le travail nécessaire pour construire des vidéos de qualité est simplement hors de portée de la plupart des gens. On ne s’improvise pas scénariste, metteur en scène, cameraman et monteur facilement.

Ainsi, si l’information transmise par les vidéos est souvent très pauvre, son coût est très important.

En terme de stockage d’abord. Il est évident qu’à vingt-cinq images par seconde, la photographie est clairement disqualifiée. Et les prodiges accomplis par les ingénieurs pour obtenir toujours de plus grandes capacités, s’apparentent le plus souvent à un incitation à ne plus réfléchir à ce qu’on fait, exactement comme dans le cas de la taille des automobiles où le « au cas où » règne. Or, aujourd’hui ce stockage à des coûts énergétiques non négligeables.

En terme de flux ensuite, puisque le streaming de toute nature (vidéo on demand, visio conférence, …) est un énorme consommateur de bande passante qui sollicite tellement les infrastructures (serveurs, routeurs, clients, …) que notre environnement s’en trouve modifié. L’implantation d’antennes de grande capacité devient indispensable à l’acheminement de ce flux de données qui, je l’affirme ici, s’apparente plus à du bruit qu’à de l’information.

En terme de protection des données aussi, puisque non seulement l’arrivée des images dans la maison livre aux multinationales (les GAFAM, dont Microsoft fait partie) des informations sensibles sur nos modes de vie, sur les conversations de tiers non prévenus dans la maison, sur des éléments de mobilier sans aucun doute facilement reconnus par des programmes de reconnaissance d’objets. Comme l’ont montré l’espionnage par le logiciel Zoom détournant sans accord préalable des données au profit de Facebook et l’affaire Snowden, tous les acteurs fournissant des logiciels dont personne ne peut contrôler le code, ont des intérêts certains à récolter nos données. De plus, un élève n’est jamais en situation de refuser un entretien par visioconférence demandé par une autorité comme un enseignant. Comme souvent celui-ci se déroule dans la chambre même de l’élève, s’il utilise son ordinateur personnel ou son smartphone, tant le lieu de vie d’une personne est … personnel, c’est un regard totalement injustifié porté sur son intimité par quelqu’un qui le force à se montrer. Cela n’est pas admissible.

Enfin, de tous les points de vue, demander à des élèves d’utiliser des applications en vue de vidéo conférence, me paraît être une très mauvaise idée. Ces applications s’apparentent à des réseaux sociaux, avec tous leur défauts, auxquels on force les jeunes à adhérer. Microsoft l’a très bien compris et la promotion faite par les services techniques pour des applications comme Team, qui laisse supposer que Moodle, logiciel gratuit, libre et qui peut être autohébergé et donc parfaitement auditable par un préposé à la sécurité des données, tant du point de vue de ses conditions d’utilisation que du code source qu’il utilise, ne satisferait pas à ces même conditions, n’est simplement pas acceptable.

La nécessité d’un enseignement à distance ne doit pas se faire au détriment des intérêts des élèves. Leur demander d’installer des applications fermées, dont on ne peut assurer qu’elles ne contiennent pas de traceurs n’est pas admissible. Faire autrement signifie donc un retour aux standards : les navigateurs web, Firefox en particulier. C’est la seule manière, hors l’utilisation de logiciels totalement libres, de pouvoir tenter de s’assurer, en tant que client d’un service, qu’on n’est pas pisté. C’est la seule manière d’avertir les élèves du risque indéniable que ces applications font planer sur leurs vies et des moyens de s’en prémunir. Pour les enseignants, c’est la seule manière d’être honnête vis à vis de leurs élèves et de ce point de vue, mais de de plein d’autres aussi, Moodle est clairement un système d’enseignement à distance à privilégier.

Enfin, à l’instar des tenants des vidéos-conférences qui étudient à la loupe toutes les fonctionnalités de leur applications, comme le font les automobilistes pour leur machines polluantes, pour en réduire les « petits » inconvénients, il me semble nécessaire non seulement d’exprimer clairement l’inutilité du recours à la vidéo dans l’immense majorité des cas, mais la nécessité de faire la promotion du texte, moyen de transport de l’information par excellence du point de vue du rendement.

C’est la raison pour laquelle, je propose sur ce site, de l’information pour faire de l’informatique en ligne de commande. Informatique qui n’est certainement pas de moins bonne qualité pour cette raison, faut-il le préciser.

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