Informatique millionnaire

Les services gérant l’informatique du canton de Neuchâtel ont demandé un crédit de 50 millions de francs suisse pour se moderniser.
Dans un canton en pleine crise financière qui demande à tous ses autres services de restreindre leur dépenses, c’est tout simplement incroyable.
D’autant plus incroyable que le canton refuse de prendre en compte les économies potentielles liées à l’utilisation de logiciels libres, comme l’abandon de MicrosoftOffice au profit de LibreOffice à l’école primaire ainsi qu’au secondaire où il est totalement inutile.

Les conséquences de cet impôt informatique inique sont nombreuses. Discrètement, on diminue le nombre de classes au lycée par exemple, on remet en question la formation à plein temps dans les écoles techniques où on pousse les élèves dans les entreprises en formation duale, on restreint le nombre d’élèves admis, etc. Alors que l’attaque financière contre le département de l’instruction publique est très importante, l’informatique se permet un énorme crédit.

Incontestablement, l’informatique (d’une multinationale monopolistique) remplace des fonctionnaires et notamment des enseignants. Le résultat en est une diminution du nombre d’élèves ayant accès aux études, ce qui constitue une politique clairement élitiste. On peut dire alors que Microsoft disqualifie.

Parallèlement à cela, l’immense ignorance en informatique des fonctionnaires, enseignants compris, leur font prendre ces dépenses presque comme une fatalité naturelle. Beaucoup sont tout simplement incapables de remettre en question les choix faits, tant ils ignorent que d’autre possibilités existent. Certains se refusent à faire ce qu’ils demandent à leurs élèves, évoluer vers d’autres outils quelque peu différents et beaucoup moins onéreux.

On est loin de réactions ludittes contre les machines, mais tout de même le raz le bol est là. Mais certainement l’histoire officielle retiendra une grogne incompréhensible contre le « progrès » sans vouloir comprendre qu’une mécanisation au seuls profit des classes dirigeantes et au mépris des hommes ne peut être admise.

Langues

Prochain travail écrit sur tout. Revoyez d’abord ce que vous savez déjà, puis apprenez le reste.

– Deux cent mots en cinq semaines, ce n’est pas si difficile que cela … Je ne vois pas le problème.
– À 13 ans … Cela fait tout de même quarante mots par semaine !
– Mais plus de la moitié sont déjà connus.
– Alors pourquoi les répéter ?
– Parce qu’ils sont sensé être déjà connus. Parfois les élèves ne font pas bien leur travail, je ne parle pas de votre fille évidemment.
– Existe-il un moyen de répéter ce vocabulaire avec un ordinateur par exemple ?
– Pas vraiment.
– Pourtant il existe des logiciels pour cela.
– Vous vous rendez compte du temps qu’il faudrait pour mettre tout cela sur informatique.
– Justement je l’ai fait pour ma fille.
– Il aurait mieux fallu que cela soit elle qui le fasse.
– Justement elle l’a à moitié fait puisque elle a dû écrire elle-même la traduction en français.
– Ainsi elle apprend mieux …
– … le français surtout. De plus, j’ai trouvé des erreurs de report, des traductions incorrectes …
– Évidemment, si elle a mal recopié …
– … des mots qu’elle aurait pu apprendre juste, si vous les aviez fournis ou … vérifiés !
– Avec vingt élèves on ne peut tout vérifier.
– C’est la raison pour laquelle, il faudrait que les enseignants donnent les mots avec leur traduction, non ?
– Ce n’est pas le cas.
– J’avais bien compris. Et pour le barème, vous comptez comment ?
– Une faute, une demi-note de moins.
– Soit, sur un maximum de 6, une lettre fausse dans un mot et la note passe à 5,5 ?
– Exactement.
– Cinq fautes et on est insuffisant ! Sur combien de mots ?
– Cinquante.
– Quoi ? 10℅ !
– On voit que vous ne connaissez pas les élèves, sans cela, ils ne travaillent pas.
– Tout de même, non seulement je suis enseignant, mais je vous propose de vous faire faire exactement la même chose, travail écrit et barème compris avec des équations de physique. Seriez-vous prête à tenter l’expérience ?
– Non.
– Pourquoi ?
– Les élèves ont bien plus de temps libre que moi et … j’étais nulle en physique.
– On peut le faire avec des mots de programmation, dans le language que vous voulez, python, java, …
– Non, car l’informatique n’est pas un langage …
– Pourtant des linguistes s’y intéressent.
– Mais enfin, votre insistance est pénible, cessez de me harceler …
– Quelle était la moyenne de classe du dernier travail écrit de ma fille ?
– La direction vous a déjà répondu que nous ne donnions pas les moyennes. Au revoir Monsieur, je n’ai plus de temps à vous consacrer, je dois répondre aux questions des autres parents.

C’est une histoire vécue. Les moyens pour éviter une grande partie des erreurs des élèves par apprentissage de leurs propres erreurs non corrigées par des enseignants qui se disent submergés, mais ne prennent aucune mesure pour ne plus l’être, existent. Il s’agit de ne pas distribuer des connaissances parcellaires sous de faux prétextes pédagogiques, comme refuser le corrigé des exercices comme cela est encore aujourd’hui le cas dans de nombreuses disciplines. Il s’agit de ne pas exagérer le travail de révision dans le seul but de paraitre être un bon prof par des moyennes qui présentent ses classes comme les plus nulles du monde. Il s’agit de ne pas appliquer des barèmes qu’on a pas le courage de s’appliquer à soi-même.

Réservations

« Réservez à l’avance et profitez … ». Belle maxime.

Inscrivons-nous donc à un cours de plongeon. Payons rubis sur l’ongle chacun des semestres de ce cours, pendant plusieurs années. Même si à certains moments la fréquentation du cours devient quasi nulle, perséverons. Motivons même d’autres personnes pour nous rejoindre et progressons assez pour donner par l’exemple envie à d’autres de pratiquer ce beau sport.

Sauf qu’un jour un problème survient. Oh, pas grand chose, une petite chute à ski. Plus par prudence que suite à des douleurs, le médecin nous dit qu’il ne faudrait plus forcer sur le genou pendant quelques mois. Évidemment, le plongeon c’est pas bon dans ce genre de situation.

Comme on arrive à la fin du premier semestre de la saison, avertissons le service des sports responsable des cours que nous allons prendre une pause nécessaire (selon l’avis du médecin) au second semestre, pour reprendre ensuite.

Et là s’arrête la belle aventure.

On comprend parfaitement, mais nous ne pourrons vous donner la préférence pour votre reinscription.

Traduction : le système de réservation automatique permet aux inscrits du second semestre de se réinscrire avant d’éventuelles nouvelles inscriptions pour l’année suivante.

Étant donnée la demande du moment pour le second semestre, le cours se retrouve plein. Et sans préférence d’inscription, impossible de trouver de la place pour le premier semestre de l’année suivante.

Résultat : éjection du cours … suite à un accident. Comme dans le sport, une blessure ne pardonne pas, autant le faire bien comprendre aux cours de sport eux-mêmes.

Évidemment pour les responsables (le service des sports de la ville de Neuchâtel en Suisse), il ne s’agit pas d’exclusion. Aucune raisons n’est donnée, mais on peut comprendre leur problème : le système ne l’avait pas prévu. Il faudrait intégrer le cas et malheureusement, cela coûterait quelque chose en terme de programmation. Le reconnaitre et s’excuser, pensez-vous … Les managers du service des sports sont de la génération qui a appris à vanter l’entreprise aveuglément et ils sont aussi intraitable que leur système informatique.

Relevons enfin que le sport perd non seulement un sportif, mais aussi un potentiel remplaçant de l’entraineur à qui il a parfois été demandé de faire les cours quand les responsables ne trouvaient pas de remplaçant.

Problème d’informatique semble-t-il donc finalement. Au début oui, finalement non, car certainement qu’un traitement humain aurait pu dénouer la situation. Mais parfois, l’état d’esprit de certains humains côtoie celui des machines.

Enseignement à distance

Une faible proportion d’enseignants utilisent vraiment des moyens informatiques autres que le traitement de texte. Même les présentations sur un beamer sont relativement rares.

Mais sont-elles vraiment nécessaires, direz-vous ? Qu’apportent à elles de plus qu’un tableau noir ?

Pour les arts visuels, elles offrent certainement un plus lié à la gestion des images. De même que pour l’astrophysique ou la géographie où les images sont vecteurs d’informations essentielles.

Dans l’enseignement, il existe beaucoup de types de vecteurs d’informations : les cours ou polycopiés dans lesquels se trouvent des exercices, des liens ou images de référence, des tests formatifs, des vidéos, des fichiers de modèle de tous types, des événements avec date et résumé ou compte rendu …

La plupart du temps l’accès à ces informations n’est pas garantie, ni en contenu, ni en tout temps. Par exemple, certains enseignants refusent tout simplement de donner leurs corrigés ou les donnent après un certain temps ou oublient de le faire. Les élèves quant à eux les perdent, les prêtent sans les récupérer, ne les ont pas au bon moment … Sauf à ne pas les donner, aucun reproche n’est à faire, le constat est simplement là d’une réelle difficulté d’accès pérenne à l’information.

L’une des solutions à ce problème est l’utilisation d’un système d’enseignement à distance. Mais, l’outil fait peur au corps enseignant. Comment peut-on penser enseigner à distance ? Est-ce vraiment faisable ?

Pourtant, sans aucunement prétendre remplacer l’enseignant, un tel système peut l’aider considérablement. Car remettre des cours et exercices aux élèves, les retrouver pour ceux qui les ont égarés, rappeler les liens vers une documentation pertinente déjà citée, rappeler toute forme d’échéance oubliée et parfois contestée par les élèves, se remémorer soi-même ce qu’on a déjà distribué, etc, ne sont pas les tâches les plus intéressantes qu’un enseignant doit réaliser. On peut en faire le reproche aux élèves de devoir les répéter sans cesse, mais si on ne veut pas un jour devoir s’en faire le reproche pour soi-même, il faut admettre déléguer ces taches à un système qui va les prendre en charge à notre place.

Et alors, au contraire de perdre une partie de la maîtrise de son
enseignement, cela nous permettra d’avoir plus de temps pour mieux le réaliser.

L’un des systèmes particulièrement bien abouti, très stable, libre, gratuit et utilisé par de très nombreuses écoles, du secondaire aux Écoles Polytechniques en passant par l’Université permettant la mise à disposition automatique et pérenne des informations évoquées ci-dessus se nomme Moodle. Passé quelques temps d’apprentissage de l’outil, il devient une aide incontournable pour tout enseignant un peu curieux.

Informatique au lycée

Le canton de Neuchâtel vient de prendre la décision d’exigences supplémentaires par rapport aux autres branches pour le français, l’allemand, les mathématiques et l’option spécifique, revenant ainsi sur les décisions liées à la nouvelle maturité.

Pourquoi ces branches ? Elles sont très importantes direz-vous. En tout cas bien plus que l’informatique, domaine dans lequel beaucoup d’enseignants et visiblement de politiques brillent par des compétences plus que minimales. Au lycée, l’informatique n’est à la plupart jamais enseignée. Et ne parlons pas d’informatique dans les branches, car si on en tiens compte, on pourrais ne plus enseigner le français pour lui-même. Avec la langue natale, l’informatique est aujourd’hui la branche qui sera la plus utile aux élèves.

Deux périodes par semaine pendant deux ans pour quelques élèves, il s’agit de l’option complémentaire, c’est totalement insuffisant !

Vus les enjeux, ce sont non seulement une option spécifique d’informatique, mais aussi des cours de discipline fondamentale dans cette branche qui sont absolument nécessaires.

Puissance

Pour utiliser un traitement de texte ou un tableur, aller sur internet, consulter ses mails voir même faire du traitement d’image de taille raisonnable en fonction des besoins de la plupart des gens, nul besoin d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un téléphone dernier cri.

En particulier dans les écoles ou la puissance n’est très clairement généralement pas nécessaire. La durée de vie des machines peut donc être très longue, y compris pour les tablettes. Dix ans est un minimum.

Or, la frénésie de consommation de la plupart des gens, enseignants compris, les conseils irresponsables des vendeurs de matériel, voir les politiques scandaleuses de remplacement de téléphones pour maintenir des abonnements, montrent que la puissance physique coûteuse passe bien après la puissance numérique qu’on voudrait nous faire croire virtuelle.

On amende pour le non respect de la circulation, pourquoi ne pas amender les fabriquant d’excès de puissance ?

Logiciels libres

Ma liberté s’arrête là où celle des autres commence.

Plus généralement que les logiciels libres tous les mouvements liés au savoir libre montrent que

ma liberté commence avec celle des autres

Il est intéressant de noter qu’autoriser l’accès au code source d’un programme a été une idée révolutionnaire il y a encore très peu de temps, que montrer aux autres ce qu’on fait ne vas pas encore de soit. La raison ? L’autre qui restreint ma liberté de le faire ?
La réponse des tenant du libre : sois assuré que ta liberté sera préservée. Nous on exerce notre liberté en te permettant d’accéder à notre savoir pratiquement sans conditions.
Radical et lumineux, il s’agit d’une libre décision qui renverse les priorités. D’abord ta liberté, comme ensuite la mienne. Et tout le monde y gagne.
Révolutionnaire.

Réparation

Réparer, re-parer, être à nouveau paré pour continuer à fonctionner. Ce n’est jamais revenir à l’état antérieur.
Pour une machine, changer une pièce qui lui permet de retrouver sa fonction ne signifie pas la remettre en l’état précédent puisque introduire une nouvelle pièce la fragilise de l’incertitude amenée par son histoire. Elle est peut-être plus fragile que la précédente. Mais surtout changer signifie jeter l’ancienne. Faire un déchet.
Pour un logiciel, réparer, debuger, enlever le bug, à l’évidence ne signifie pas revenir en arrière, au contraire. C’est évoluer vers mieux semble-t-il. Mais est-ce vraiment le cas ? Car réparer, re-parer, c’est aussi, plus souvent que pour la machine, redonner du lustre, aller plus loin que la réparation, mettre à jour, augmenter les fonctionnalités. Cela dans le temps et la version.
Pour une personne, le temps s’impose. La matière, vivante, aussi. Temps et matière vivante effacent la version et empêchent aussi le retour à l’original, la réparation véritable. On ne répare jamais totalement une fracture, on garde toujours la trace d’une humiliation.
Autant en informatique que dans l’enseignement, on ne répare rien. On évolue. Une sauvegarde limite les dégâts, un redoublement en fait.